Pour sa deuxième édition, la Marche pour la vie a mobilisé quasiment le double de personnes que l’an dernier. Le message du collectif d’étudiants à l’origine de cette initiative semble être mieux perçu par l’opinion publique.

Familiale, pacifique, apolitique, pluraliste, la Marche pour la vie organisée dimanche à Bruxelles a réuni aux alentours de 3.000 personnes dont quelques délégations européennes: française, allemande, polonaise, néerlandaise, italienne, espagnole, irlandaise… C’est sans doute un peu moins que ce qu’espéraient secrètement les organisateurs, mais c’est beaucoup plus que l’an passé!
Le point de convergence des marcheurs était situé au Mont des Arts. On y distribuait des roses rouges et blanches tandis que sur la tribune se relayaient les jeunes étudiants responsables de la mobilisation et leurs collègues des délégations étrangères, à l’occasion des discours inauguraux. Ces jeunes ont notamment cité quelques chiffres, en particulier ceux relatifs à la Belgique où le nombre d’avortements pratiqués a connu une augmentation de 39% sur ces 10 dernières années. 19.421 cas ont ainsi été recensés en 2009; beaucoup plus si l’on tient compte de tous ceux qui n’ont pas été déclarés. Et dans ces chiffres, la proportion de très jeunes femmes est également en hausse. Les organisateurs de cette Marche pour la vie ont aussi évoqué ces femmes de plus en plus nombreuses à témoigner des difficultés personnelles liées à la décision d’interrompre une grossesse non désirée, et dénoncé les diverses pressions qui les ont souvent conduites à un choix que beaucoup regrettent par la suite. Puis ils ont souligné les séquelles psychologiques possibles, qui peuvent persister pendant bien des années, ainsi que les conséquences dramatiques sur la santé en général démontrées par différentes études. Autant de sujets qui restent tabous aujourd’hui selon les manifestants qui estiment qu’il reste beaucoup d’efforts à entreprendre dans la prévention de l’ et dans le suivi post-IVG.

Faire bouger l’opinion publique

Pour Anthony Burckhardt, étudiant en sciences politiques aux Facultés Saint-Louis, et porte-parole francophone de cette Marche, cette journée est un moyen d’attirer l’attention sur tous ces problèmes liés à l’avortement et de réaffirmer le respect du droit à la vie pour tous. « Il faut faire bouger l’opinion publique sur la loi en vigueur », déclare-t-il regrettant l’indifférence qui semble prédominer en Belgique. Et de citer l’exemple américain. « Aux Etats-Unis, il y a eu un vrai basculement de la population sur le sujet. La majorité des Américains sont aujourd’hui pro-life alors qu’ils n’étaient que 20 à 30% il y a une dizaine d’années. » Plus près de nous, en France, la même manifestation est passée en un an de 10.000 à 20.000 participants. Et en Espagne ils étaient un million dans la rue pour dénoncer les nouvelles conditions d’accès à l’IVG.
« Nous sommes clairement abolitionnistes »,  poursuit-il. « Notre idée est de construire une société où les plus fragiles sont protégés, du début de la vie jusqu’à sa fin ». Et s’il reconnaît que le combat qu’il mène aura besoin de beaucoup de temps, il fait remarquer que c’est la première fois en Belgique qu’une loi votée depuis plus de 20 ans met autant de monde dans la rue, dans le chef d’une catégorie de personnes qui n’a pas vraiment la culture de la manif’. « Notre action n’est pas marginale sinon pourquoi y aurait-il eu une contre-manifestation? »
Il est environ 15h45 lorsque le monôme s’élance, silencieux. Un choix délibéré des organisateurs qui ne veulent qu’aucun slogan ne fuse… Le cortège est ouvert par le son de la cornemuse, comme un hommage au seul pays européen à n’avoir pas autorisé l’avortement: l’Irlande. Aux premiers rangs, derrière une grande banderole proclamant que « Nous avons tous été un embryon », les jeunes organisateurs. Juste devant eux, une mère, tout aussi jeune tenant son bébé emmitouflé. Et puis le reste du cortège au milieu duquel Mgr Léonard a pris place. En queue du peloton, quelques personnes prient et chantent les mystères du Rosaire. Le cortège finit sa marche place Poelaert, devant le palais de Justice de Bruxelles où les roses sont déposées en hommage à tous ces enfants qui n’auront pas vu le jour. Au cours de cet après-midi ensoleillée, les manifestants n’auront rencontré que quelques touristes sur leur passage et en tous les cas aucune animosité particulière. Les pro-IVG (Centre d’action laïque, les plannings familiaux, la ligue des familles et les Mutualités socialistes) étaient passés une heure plus tôt à distance du Mont des Arts pour rejoindre la place d’Espagne où ils ont tenu leur propre rassemblement.